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Le Courrier du Kosovo

Au temps béni de la colonie: le Kosovo et ses « protecteurs » internationaux

Traduit par Belgzim Kamberi
Mise en ligne : mercredi 14 décembre 2011
Ils sont arrivés à Pristina en 1999 ou en 2000. Ils ont travaillé pour la Minuk, ils ont conseillé les gouvernements successifs, ils sont devenus riches et « ils aiment beaucoup le Kosovo ». Corrompus, ils ferment les yeux sur les activités criminelles et entretiennent l’irresponsabilité des dirigeants kosovars. Les « internationaux », eux-mêmes assurés de l’impunité juridique, dirigent toujours le Kosovo comme une colonie. Enquête.

Par Serbeze Haxhiaj

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L’ambassadeur américain Christopher Dell, dans la série des « Pimpsons »

La déclaration d’indépendance du Kosovo aurait été rédigée dans le bureau d’Alexander Borg-Olivier, proche du gouvernement du Kosovo. Ce dernier, qui a dirigé durant huit ans le Bureau d’aide légale de la mission de l’ONU au Kosovo, affirme qu’il est toujours toujours très attaché au Kosovo. Arrivé à Pristina à l’hiver 2000, il est devenu conseiller du Premier ministre, Hashim Thaçi, au terme de son mandat aux Nations Unies, et il a finalement ouvert un cabinet d’avocat. Cet américain d’origine maltaise reconnait avoir beaucoup travaillé pour les institutions du Kosovo et pour l’indépendance. Mais qu’a-t-il donc reçu en échange de son engagement ?

Avni Zogiani, dirigeant de l’ONG Çohu explique qu’Alexander Borg-Olivier a beaucoup aidé les dirigeants politiques du Kosovo et qu’il a reçu en échange beaucoup d’argent de la part du pouvoir. « Des responsables de l’administration internationale ont parfois obtenu des contrats importants grâce aux institutions du Kosovo, en profitant de l’influence qu’ils avaient en tant que responsables internationaux. Le cas le plus exemplaire est celui d’Alexander Borg-Olivier. Il est devenu conseiller du gouvernement immédiatement après la fin de son mandat à l’ONU », explique Avni Zogiani.

Alexander Borg-Olivier dément avoir abusé de sa position. Tout en reconnaissant l’existence d’abus internationaux, il nie toute implication personnelle. Pourtant, c’est bien la signature d’Alexander Borg-Olivier, en sa qualité de chef du Bureau d’aide légale de la Minuk, qui a permis à un membre du Parti démocratique du Kosovo (PDK), Bedri Selmani, d’exploiter le réseau des stations-service Kosova Petrol, fortement soupçonné de servir au blanchiment d’argent et à d’autres activités criminelles. Aujourd’hui encore, Bedri Selmani possède toujours ce réseau sur la seule base légale de l’attestation de propriété signée par Alexander Borg-Olivier.

Ce dernier reconnaît tout de même un peu de légèreté dans l’octroi d’une licence d’hôtel à l’aéroport international de Pristina, qui endommageait le master-plan de l’aéroport. Toutefois, il estime qu’à l’époque, « la mafia politique contrôlait l’aéroport ».

Un autre responsable de l’ONU au Kosovo, Simon Haselock, chef du bureau pour la communication de la Minuk est devenu par la suite l’un des principaux conseiller du cabinet de Ramush Haradinaj et des gouvernements successifs. Soupçonné d’être impliqué dans des affaires de corruption, il nie toute implication.

Par ailleurs, le chef du Bureau de supervision des entreprises publiques, James Ëasserstrom aurait « facilité » la signature d’un contrat annuel de 150.000 euros entre l’aéroport international de Pristina et les PTK.

De même, l’Américain Steven Schook a été longtemps le numéro 2 de la Minuk. Il a démissionné après l’ouverture d’une enquête contre lui pour abus de pouvoir. Il est devenu par la suite l’un des conseillers principaux de Ramush Haradinaj. Alors que ce dernier est en cours de jugement devant le TPIY de La Haye, Steven Schook dément avoir aidé sa défense en collectant des informations confidentielles (lire notre article « Kosovo : Steven Schook, un ripou au sommet de la MINUK »).

Avni Zogiani explique que les internationaux au Kosovo continuent à favoriser la nomination à des postes importants d’employés locaux aux CV très insuffisants, en échange de services rendus. « Ils se comportant toujours comme les dirigeants du Kosovo. L’influence de ces anciens cadres de la Minuk est exceptionnelle. Ce sont eux qui déterminent les choix de la communauté internationale envers la situation politique au Kosovo, et ils ont favorisé l’impunité pour la corruption et le crime organisé », ajoute Avni Zogiani.

Christopher Dell : le « gouverneur »

L’ambassadeur des Etats-Unis au Kosovo, Christopher Dell, est souvent qualifié « d’ange protecteur » du Premier ministre Hashim Thaçi. À Pristina, on estime que se profile l’ombre du diplomate américain derrière toute déclaration ou toute initiative importante d’Hashim Thaçi. « Cette attitude ne fait que pousser à l’irresponsabilité de la classe politique kosovare », estime l’analyste Shkëlzen Gashi.

Bien sûr, les cadres du Parti démocratique du Kosovo (PDK) et de l’Alliance pour l’avenir du Kosovo (AAK), les deux formations issues de l’UÇK, démentent profiter du soutien de « protecteurs » internationaux. Burim Ramadani, député de l’AAK, fait l’éloge de Steven Shook en reconnaissant tout de même que la « collaboration » a pu se révéler bénéfique également bénéfique pour le parti et pour le fonctionnaire américain.

Par contre, sa camarade de parti Melihate Tërmkolli accepte de parler de « néocolonialisme ». « Le Kosovo est toujours gouverné par les étrangers. On peut même parler de néo-colonialisme. C’est le Kosovo d’aujourd’hui, peuplé par des marionnettes politiques : plus les gens se soumettent, plus ils ont de chances de réussir leur carrière politique », estime-t-elle.

Pour Rexhep Hoti, proche d’Hashim Thaçi, il est vrai que certains responsables internationaux ont tiré des bénéfices en échange de leur soutien aux dirigeants locaux politiques, puisque le Kosovo continue de représenter un « trafic dense ».

Betim Musliu, chercheur à l’Institut des Politiques de Développement (KIPRED) pense que la mission de certains responsables internationaux s’est parfois limitée à se remplir les poches. « Le pire problème est l’immunité dont jouissent ces responsables. Ils sont intouchables, même quand leurs activités délictueuses sont prouvées. Souvenez-vous du détournement de quelques millions d’euros par l’ancien responsable international de la Corporation Energétique du Kosovo (KEK), Jo Trutschler, en 2002-2004 », rappelle Betim Musliu (lire notre article « Kosovo : corruption à la MINUK »)..

Le misérable pactole que représente le Kosovo semble être toujours aussi attirant pour certains responsables internationaux sans scrupules.